signeafSpectacle de 20 minutes

signelq Texte de Laurent Quinton

signeafMise en scène d'Alexis Fichet

 

Les dirigés face au changement est une pièce simple et directe, fondée sur un constat : aujourd’hui les dominants assument de manière décomplexée le tort qu’ils font aux dominés. Ils sont les premiers à dévoiler leurs hypocrisies. Ils désamorcent ainsi la critique sociale, et la privent de son pouvoir de révélation. Jean Baudrillard voit l’avènement de cette nouvelle pratique dans la célèbre phrase de Patrick Lelay :

 

« Ce que nous vendons à Coca-Cola,
c’est du temps de cerveau humain disponible. »

 

Générique

Texte Laurent Quinton
Mise en scène Alexis Fichet
Interprètes Julie Duchaussoy, Bérengère Lebâcle

20 minutes

Programmé dans le cadre du festival Hors Série au Théâtre de la Bastille du 21 au 26 février 2011.

 
 
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photos Pierre Grosbois

 

La mise en scène de cette pièce brève se veut dépouillée, centrée sur les interprètes. Il s’agit de transmettre la parole, dans toute sa simplicité, en insistant sur des effets d’humour : le rapport un peu absurde des deux personnages principaux, la survenue d’un meurtrier exemplaire, l’occupation de l’espace d’une scène de théâtre.

 

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Extrait

A. (regarde autour de lui et s’assure qu’il est tout seul.) — Pour Baudrillard, la parole de Patrick Lelay crée une petite révolution dans l’histoire des luttes sociales en France. Jusqu’alors, les dominants prenaient le soin de dissimuler leurs actions les plus néfastes derrière un voile d’hypocrisie ou de mensonge. Lorsqu’ils faisaient quelque chose qu’ils savaient être moralement ou socialement condamnable, ils ne l’avouaient pas. Il y avait une sorte de culpabilité qui les obligeait à l’hypocrisie. Ce qu’a inauguré Lelay, c’est exactement le contraire : la déculpabilisation. Ce qu’on appelle ces jours-ci : la droite décomplexée. Et… (A. entend un bruit. Il se retourne. Rien. Reprend.)

A. — Et, selon Baudrillard, ce changement qui a l’air psychologique au premier abord, est en fait stratégique. C’est une stratégie, perverse, des dominants pour contrer la critique sociale et morale. (B. s’approche doucement de A., sans que A. l’entende.)

A. — Parce que ce qui change aussi en fait, c’est le rôle de la critique sociale et morale. Jusqu’alors, cette critique se faisait fort de débusquer les actions malfaisantes des dominants. La critique sociale et morale, de gauche surtout, jouait un rôle de dévoilement de la vérité du capitalisme et de son oppression. Elle disait… (A. s’aperçoit de la présence de B. derrière lui.)

A. — Ah non ! Tu dégages !

B. — Mais…

A. — Tu dégages, je te dis !

B. — Je suis juste là pour écouter.

A. — Non non, tu es là pour m’interrompre, et pour me donner ton avis. Tu ne me laisses pas parler !

B. — Je ne t’interromprai pas, promis. Je veux juste entendre ce que dit Baudrillard. S’il te plaît…

A. (se calme. Silence. Puis :) — On n’est pas d’accord, entendu ? Je ne veux pas que tu me dises qu’on est d’accord ! Moi je te dis qu’on n’est pas d’accord. Tu comprends ?  

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Alexis Fichet a déjà mis en scène de Laurent Quinton : Qu’en pense la communauté ? et Bastards of millionaires! Le texte est publié aux éditions des Deux Corps.