Photo non contractuelle
 
Clusters de théâtre
Partage de l'expérience du collectif Lumière d'août
 
   Le mot est à la mode : un cluster. Un cluster c’est, en français, un agglomérat, ou bien la combinaison de plusieurs notes dissonantes. Jolie idée. Le cluster n’est donc pas forcément ce rassemblement anxiogène de personnes malades. Une traduction chaleureuse nous amène au foyer : le lieu autour duquel on se rassemble, le lieu d’où l’on part, le lieu qui rassemble et qui rayonne. Le foyer est à la source et il réchauffe.

   Lumière d’août s’est créé en se nommant collectif. Depuis quinze ans, nous sommes le collectif Lumière d’août. Nous avions hésité sur le mot, et celui-ci nous a semblé le plus proche de la vérité. Nous n’avions pas pensé à foyer, nous n’avions pas pensé à cluster. Régulièrement, la question revient, et c’est nous qui la posons, ou bien nos amis : qu’est-ce qu’être un collectif ? À quel moment le fonctionnement est-il réellement collectif ? Y-a-t-il des individualités qui prennent le dessus ? Faut-il que ça dure encore ?

   Un récent travail, passionnant, de Catherine Hargreaves et Adèle Gascuel, recense les différentes façons dont les artistes font face à la crise actuelle, et les grandes questions qui vont se poser dans les prochaines années : comment faire face à l’embouteillage de créations à venir ? Peut-on, par solidarité, ne pas jouer certaines dates, pour laisser de la place à d’autres ? Comment ne pas subir absolument la verticalité des tutelles et des institutions qui fait que ce sont celleux qui créent de la valeur (les artistes) qui se retrouvent les plus fragilisé.e.s ? Comment sortir d’un système qui nous force à créer pour vivre, quand parfois c’est l’absence de création qui ferait le plus grand bien (à l’artiste comme aux spectateurs) ? Comment remettre de l’horizontalité dans les financements ?

   Au sein de Lumière d’août, nous nous sommes souvent confrontés à ces questions. Le collectif, depuis le début, a été pensé comme un lieu d’horizontalité : nous avons toujours été voir nos partenaires en demandant une subvention annuelle collective, qui nous permet ensuite de redistribuer en fonction de nos besoins et de nos urgences. Chaque metteur en scène est responsable de son projet, il rencontre des co-producteurs, il peut faire des demandes spécifiques, mais la part qui vient des subventions se discute avec les autres artistes. Et nous faisons en sorte de ne pas exploser les budgets, et même plutôt de laisser de petites marges pour nourrir des moments de recherche ou de séminaires que nous auto-finançons. Évidemment l’amitié et la confiance sont utiles dans ce genre de partage.

   Le collectif génère ainsi un volume d’activité, variable, qui ne s’effondre pas si l’un ou l’une d’entre nous fait une pause, part travailler pour d’autres, ou décide de prendre plus de temps pour une création. L’un.e d’entre nous pourrait ne pas créer pendant un an : tout ne s’effondrerait pas.

   Ce modèle de structuration n’est pas évident. Il demande d’argumenter sans cesse sur les bienfaits de la mutualisation, sur le bénéfice du partage, sur les économies réalisées. Depuis le début, en 2005, nous faisons face aussi bien à des gens qui nous suivent avec confiance et intérêt qu’à des gens qui nous conseillent de nous séparer et de créer chacun.e notre compagnie. Nous avons pu mesurer, au fil des années, comme il est difficile de défendre autre chose qu’un.e artiste avec son nom propre. Pourtant nous ne sommes pas dissous dans le cluster : chacun existe et écrit comme il le sent. Simplement, pour une partie, la répartition de l’argent que nous recevons est discutée collectivement, en fonction des besoins, de la justice, de la justesse. C’est un tout petit peu de pouvoir redonné aux artistes eux-mêmes à côté de l’assujettissement permanent et de la soumission au jugement des experts.

   Il est possible qu’en créant deux ou trois compagnies, nous parviendrions à réunir plus d’argent. Peut-être sommes nous perdants, mathématiquement. On préfère souvent, aujourd’hui, un seul artiste associé partout qu’un foyer avec plein de monde dedans. Mais nous tenons à cette petite utopie.

   Nous avons le sentiment que d’autres compagnies, d’autres artistes, souhaitent inventer des initiatives équivalentes, des tentatives de mutualisation ou de partage, et qu’on les encourage peu. L’épisode covid 19, qui pousse à un retour au local et à interroger les pratiques, pourrait être l’occasion d’une multiplication des foyers de théâtres. Ces foyers peuvent être inventés par les artistes ou des compagnies, qui se rassemblent, ou par des théâtres ou des tutelles, qui souhaiteraient accompagner mieux l’horizontalité, le partage, l’invention de solidarités - qui peuvent aussi, et tant mieux, s’ouvrir à d’autres milieux, d’autres pratiques.
 
 
Alexis Fichet pour Lumière d'août
 
 
PS : depuis les annonces du président, il y a déjà un mois, rien de concret ni de rassurant n'a été validé concernant le statuts des intermittents et des travailleurs indépendants. Les mesures n'existent pas. La culture reste sinistrée, et nous attendons toujours des informations précises.
 
 
Saison 20-21
 
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Blog Lumière d'août
 
Les 6 auteur.es de Lumière d'août (Alexandre Koutchevsky, Alexis Fichet, Juliette Pourquery de Boisserin, Laurent Quinton, Marine Bachelot Nguyen et Nicolas Richard) ont ouvert un blog collectif pour partager textes et réflexions.

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