spectacles

En Friche

 

Création 22-23 mai 2026 / Culture Commune, Scène nationale du Bassin minier du Pas-de-Calais


GÉNÉRIQUE

Texte et mise en scène Alexandre Koutchevsky
Avec Jeanne François, Woodina Louisa, Richard Sammut
Création son Rudy Decelière
Régie générale Fabien Bossard
Costumes Charlotte Gillard

Coproduction Culture Commune, Scène nationale du Bassin minier du Pas-de-Calais
Malraux, Scène nationale Chambéry Savoie
Avec le soutien du fonds d'insertion de l'École du TNB
de Morlaix Communauté
du CNCA - Centre National pour la Création Adaptée de Morlaix

 

 

CALENDRIER

CRÉATION
22 mai 19h, 23 mai 18h
Culture Commune, Scène nationale du Bassin minier du Pas-de-Calais, Loos-en-Gohelle
SAISON 26-27
19-20 septembre 2026
Malraux, Scène nationale Chambéry Savoie
15-16 avril 2027
Théâtre de l'Aire Libre, Saint-Jacques-de-la-Lande
3-4-5 juin 2027
La comédie de Béthune Centre Dramatique National 

Comment saisir ce qui a disparu ici ?
Que nous disent aujourd’hui ces friches enfantômes de la Révolution industrielle ?
Comment faire théâtre de ces points d’aboutissements occidentaux ?

 


CE MÉLANGE D’ADIEU ET D’AUJOURD’HUI

En arpentant le carreau de mine abandonné de Culture Commune, à Loos-en-Gohelle, en observant ces chevalements d’extraction devenus silencieux, et plus tard en cheminant sur d’autres sites de friches industrielles, le sentiment que « quelque chose ici a eu lieu » s’est imposé.
Ici, il y avait des gens affairés au labeur.

 

Il y avait une usine, une mine, une industrie, une manufacture, un site d’extraction ou de production.
Il n’y en a plus. Ou alors des traces.
Cette zone de labeur a régenté la vie de milliers de gens pendant une ou plusieurs générations. Elle a créé les habitations pour loger gros bras et petites mains, d’abord importés de la campagne environnante puis des régions voisines, souvent de pays proches ou lointains.

 

Elle a créé ses ramifications dans le paysage, comme un arbre étend ses racines : routes, rails, canaux.
Elle a parfois modifié durablement le paysage comme un pavé jeté dans un lac qui propage ses ondes.

Cette zone de labeur a créé une culture et une histoire commune.

 

 

La friche comme zone de rencontres

J’ai intitulé une des résidences, que j'ai effectuées à Culture Commune entre 2020 et 2023, « Vous qui passez par là ». Pendant une semaine, j’étais installé sous une tente et accueillais les personnes qui passaient sur le parvis de la base 11/19. Travailleurs des entreprises du site, de la chaîne des terrils, habitants, en chemin pour leurs courses et activités, promeneurs, touristes, responsables de l’Unesco... j’ai pu m’entretenir avec une trentaine de personnes qui venaient s’asseoir un moment avec moi pour partager un thé ou un café. À chacune et chacun je demandais : « que faites-vous ici, vous qui passez par là ? » La conversation s’engageait. C’est ainsi toute une galerie de personnages qui est apparue : la responsable de l’Unesco qui ne peut suivre la visite guidée en haut des terrils à cause de son mal de dos, le grand connaisseur de l’écosystème des terrils, le peintre en bâtiment retraité, l’ancien installateur de télévisions chez les mineurs silicosés, la randonneuse des terrils, la voisine qui promène son chien et s’occupe de son père ancien mineur, la doctorante spécialiste des rotondes SNCF, le quarantenaire à vélo électrique, la mère de famille qui pousse son chariot jusqu’au supermarché, etc.

 

Ces vivants qui traversent ce paysage de signes d’adieu constituent pour moi le second impulseur sensible né de mes temps de résidence à Culture Commune.
Qui passe par là ?
Qui vit ici ou à côté ?
Qui travaille là ?
Et comment ce passé surplombant traverse t-il les gens qui passent par là ?

 

DISTANCES ET FRAGILITÉ : QUELQUES INVARIANTS

Un des enjeux du théâtre-paysage, c’est de s’articuler avec force à chaque nouveau site de représentation. Un ancien carreau de mine comme Loos-en-Gohelle ne présente pas le même paysage que l’ancienne manufacture des tabacs à Morlaix ou que d’autres sites dans lesquels se déroulera le spectacle.

 

Mais on retrouve un certain nombre d’invariants sur lesquels peut s’appuyer la mise en scène, comme les grandes distances, les perspectives, les murs anciens ou encore les traces des machines.
Ce gigantisme ainsi que l’âpreté des matériaux propres à l’industrie, m’intéressent particulièrement dans le travail de mise en scène car ils mettent en exergue la fragilité du corps des interprètes. Mais simultanément ils provoquent eux aussi ce sentiment d’une troublante solitude : où sont les humains qui les ont bâties, ces usines, ces sites d’extraction ou de production, qui les ont fait vivre, qui ont su en tirer parti, qui ont travaillé ici ? Aujourd’hui, désaffectés, dépeuplés, ces volumes et distances immenses, ces matériaux tendus vers leur effritement, laissent apparaître leur fragilité.

EXTRAIT DE TEXTE

- Mathilde Esterelle : Vous allez bien monsieur Polisson ?
- Polisson : Parfaitement bien, madame Esterelle.
- Mathilde Esterelle : Parce que si vous avez besoin de soins, je peux appeler quelqu’un...
- Polisson : C’est très aimable à vous, mais j’ai déjà un médecin, je mange correctement, je descends en ville, je vois des gens, je vais bien Madame Esterelle, je vais bien. Je touche ma retraite vous savez, pas grand-chose, mais c’est assez.
- Mathilde Esterelle : Ah ? Très bien alors. J’ai cru que vous étiez, enfin, un peu, une sorte de
- Polisson : clodo ?
- Mathilde Esterelle : Oui enfin pardon une sorte de sdf…
- Polisson : Je vous ai dit que j’habitais là, je suis pas un sdf, je suis un gdf.
- Mathilde Esterelle : C’est quoi ça ?
- Polisson : Grand Domicile Fixe. 3000 mètres carrés, je suis le châtelain du domaine. Y’a bien quelques rats, des chauve-souris aussi, pas mal d’araignées, mais on s’aime assez pour vivre tous ensemble.