Extrait
Nous avions tous l’image d’une personne légèrement fatiguée comme après une mauvaise nuit ou une nuit blanche. La dernière image qu’elle avait accordée au monde qui la connaissait s’apparentait à un visage de lendemain de fête.
Son visage de lendemain de fête soudé devant les yeux je lui parlais au téléphone, je lui écrivais. Je me suis toujours représentée la personne invisible à qui l’on s’adresse par la voix. Elle a dépéri, elle a maigri pendant des mois mais son visage restait le même et son corps que j’étreignais en pensée avait toujours la même épaisseur. Et ses gestes étaient toujours aussi rapides, et son sourire ne bougeait plus au fil des mois. Avant que d’être morte, en moi en nous elle ne changeait plus. Et malgré tous mes efforts je ne suis jamais parvenue à voir autre chose que ma mère un lendemain de fête. Depuis quand d’ailleurs n’avait-elle pas fait de fête ?