Elle en vaut la peine

Alexandre Koutchevsky


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N’oublie pas de montrer ma tête au peuple, elle en vaut la peine.
Ainsi parle Georges Danton au bourreau le 5 avril 1794 parce que tout petit sa nourrice l’avait laissé tomber tête en avant sur les dalles de la cour dans l’enceinte de la demeure familiale d’Arcis-sur-Aube en 1759.
N’oublie pas de montrer ma tête au peuple, elle en vaut la peine.
Ainsi parle Jean-Paul II à son secrétaire particulier Joachim Navarro le 6 février 2005 parce qu’il pense qu’il n’aura pas la force de lever la tête au moment de prononcer la bénédiction depuis le balcon de la polyclinique Gemelli à Rome.
N’oublie pas de montrer ma tête au peuple, elle en vaut la peine.
Ainsi parle François Hollande à la caméra et au journaliste parce qu’il essaie de faire rire Edmond Hervé après une heure de marche dans les rues de Rennes le samedi 5 février 2005.

François.
Georges.
Jean-Paul.

Vos têtes ont été enouatées par un plasticien méridional et sûr de son art. Dans le musée derrière la mairie, dans ce minuscule village du Vaucluse, sous la Sainte-Victoire en novembre, je vois ces trois têtes alignées dans la ouate. Ni gardien ni éclairage mais deux fenêtres. Avec vue sur Provence en hiver.
Une femme est là qui caresse ta tête, Georges. Sa main suit les contours de tes joues, de ton nez, de tes oreilles, de ta perruque en crin. Elle murmure des paroles qui ne parlent qu’à toi. Elle approche ses lèvres de ton visage toujours rose et boursouflé. Petit à petit tes yeux ont commencé à suivre les mouvements de ses lèvres. Georges, disent les lèvres de la femme, Georges, je vais t’emporter.
Les lèvres de Jean-Paul II : Marie ?
Les lèvres de François Hollande : Ségolène ?
Les lèvres de Georges Danton : Emporte-moi maintenant Louise.
Louise : Je suis Louise, pardonnez-moi j’emporte Georges.
Les lèvres de Georges Danton : Messieurs je vous salue, n’attendez pas mon retour, oubliez-moi.
Louise : Adieu messieurs.

Elle a serré la tête contre sa poitrine, l’a enveloppée dans une chemise blanche, a regardé la Sainte-Victoire, a disparu vers l’est.