L'Espace des sciences des Champs libres, en accord avec le Conseil Général d'Ille-et-Vilaine, a proposé à Lumière d'août de construire en 2013 un projet pilote avec une classe de collège du département, en l'occurrence le collège Camille Guérin, à Saint-Méen-le-Grand.

Ce projet est exemplaire à plusieurs niveaux : il est le résultat d'une synergie entre une compagnie (Lumière d'août), une structure (L'Espace des sciences), un collège (Camille Guérin) et une collectivité qui fait le choix d'accompagner ce projet financièrement (le Conseil Général d'Ille-et-Vilaine).

Artistiquement fondé (Alexis Fichet travaille depuis plusieurs années sur la rencontre entre science et théâtre), transportant l'activité artistique dans une zone où le théâtre est peu présent, il a permis à la fois aux élèves et aux professeurs de travailler au contact d'un artiste pour aboutir à une représentation aux Champs libres, et à l'artiste de poursuivre sa réflexion et son travail d'écriture sur les bords du théâtre et de la science.

Katell Stéphan, professeure de français, et Rachel Viot, professeure de SVT, ont énormément oeuvré, échangé, pour faire vivre le projet. Elles ont toutes deux assisté aux cours de l'autre. C'est très concrètement, et en présence également de l'équipe de l'Espace des sciences des Champs Libres, qu'a pu s’inventer la forme artistique proprement dit : chorégraphie à partir des gestes réalisés en SVT, atelier d’écriture pour renommer ce qui a été vécu, pour s’approprier les expériences avec un langage personnel, réflexions sur la respiration dans la pratique théâtrale...

Durant les vacances de février, Alexis Fichet a écrit. En tant qu'auteur, il souhaitait pouvoir écrire, pour que cette expérience enrichisse aussi sa pratique, et pour que les élèves soient confrontés à la manière dont un certain « réel » est transfiguré, transformé, parfois trahi (pour le meilleur), par la forme artistique. L’idée de chorégraphie réalisée à partir de gestes faits en cours, et aussi d'expressions et de mots trouvés par les élèves pour parler des organes nécessaires à la respiration, a été intégrée dans le texte : Le trouble du spectateur me prouve que je respire. Lecture du texte, essais, discussion sur ce qui fait théâtre ou pas.

Puis ce fut le moment de la distribution des rôles, de la cohésion du groupe, de l'écoute des autres quand on ne joue pas, de l'apprentissage des textes.

Deux jeunes graphistes rennaises, Anne Guiton et Violaine Dubois, ont alors rejoint le projet afin de travailler à l'édition du texte, qui a été distribué à chacun des élèves le jour de la représentation aux Champs Libres. Elles sont également intervenues en cour pour présenter leur parcours et leur travail.

Pour finir, le moment des représentations est arrivé. Les deux journées aux Champs libres (l'une pour répéter, l’autre pour voir les autres groupes et jouer) étaient très importantes, parce qu’elles marquaient concrètement l’inscription de tout le travail qui avait été effectué dans un ensemble plus vaste - en terme d’espace mais aussi de participants. Symboliquement, jouer sur un grand plateau devant une salle pleine d’inconnus c’était aussi un grand moment. Les élèves ont pu confronter leur propre expériences - et leurs réflexions - sur ce qu’est « faire du théâtre » à d’autres formes, d’autres approches du même projet.

Le fait de répondre aux questions du public et d’avoir à défendre et expliquer sa pratique devant le public était également formateur. Les élèves ont montré leur bonne compréhension du projet et de ses processus.

La semaine suivante, deux représentations ont eu lieu dans la salle Municipale de Saint-Méen, d’abord devant plusieurs autres classes, puis devant les parents.